Lirisme, 3

Par Aurélie Foglia

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livres en train de s’effacer en s’effaçant nous effacent nos bouches à ancêtres

étaient nos jambes en poussière sur quoi s’appuyer

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qu’allons-nous faire quand ils nous aidaient à rattraper un peu de temps

le garder dans le creux

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où sont-ils les ronds d’ombres qu’imprimaient leurs feuilles sur nos têtes

ceux qui osaient nous regarder en face avec nos yeux

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une poignée
se refusent

se sont rangés

vous tournent
le dos quand vous les convoitez d’en bas

plaquent
sur leurs corps sans formes leurs couvertures remontées jusqu’au cou

avec des expressions fermées

leurs pages restent collées comme un oiseau qui ne peut pas décoller

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un livre vous écorche

votre nom

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reste nourrissant

pour qui veut encore

devenir

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transporte

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tente

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votre fleuve

à fond

dans son carton

percé

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qu’un lecteur vous trépane

mange sa soupe

dans votre crâne

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c’est normal

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il ne faut pas s’en faire

un monde

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si d’autres armés d’ongles

vous prélèvent et broient

les organes pour en exprimer

le sang à chaud

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c’est bon signe

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ils aiment

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un volume n’est pas plat

quand on voit ce qu’il contient en termes de montagnes de continents qui circulent

des hommes qu’on a pu agrandir au passage y tiennent debout comme vous et moi des arbres crèvent le plafond sans provoquer

de ruines sauf que les temps se rentrent dedans ce qui entraîne avec eux une sorte d’épaisseur de chaos dont on n’a pas trop l’occasion dans sa propre cuisine

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qu’est un bouquin à tout prendre

sinon un coquillage tigré avec dedans un coffre à bijoux en toc avec dedans une montre qui s’affole avec dedans un boîtier fracturé avec dedans des visages obscurs avec dedans un univers en expansion

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les livres dites sont utiles

font des piles font des piliers font des pieds de table à notre lit inutile

de les ouvrir souvent les mondes qu’ils couvent n’éclosent même pas une fois par vie

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ne venez pas me raconter qu’un livre est une fiction

quand je vous vois vous inscrire pour être

les tristes personnages d’un bon drame classique de la tranquille tragédie

lisant dans votre bonheur qu’il sent mauvais dès le début

au moins améliorez-moi un peu votre roman en évitant de tomber

dans tous les clichés

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il faut que les mots soient là non seulement les mots

mais les mâchoires les mains dans les gueules qui ont essayé

de creuser pour trouver une issue par le bas comme un trésor

infect vous ont offert leur échec serti dans le coffret de leur mort à l’infini

(vous ne saviez pas si vous deviez accepter vous ne savez toujours pas partagés)

sont venues vous remettre non pas les clefs mais ces poignées de terre durcies dans un sang

lot qui vous marbrent les doigts

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cache à l’odeur d’iris

pliant sous les ormes malades pour goûter

hamac dans un coin reculé de vert

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lit d’enfant bleu à barreaux volatilisé

voltaire laissé vacant par l’arrière-grand-père en velours safran

grenier par temps gris communicant avec la réserve

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où tu pour la première fois pris tes genoux dans tes bras

captivé par ton corps se détachait pour courir loin de toi

des aventures que tu ne serais jamais allé imaginer

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on te cherche en battue ne réponds plus

à ton nom te crèves les yeux à déchiffrer

les phrases sur tes mains que tu fais naître

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on a tous connu un homme un savant

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devenu fou en raison

d’une foule de livres

qui s’étaient mis à parler

tous en même temps

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rendu sourd à sa femme sa famille

sa voix mourut étouffée

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le monde joue de la viol

ence les images déforment

vos miroirs sans mal

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l’amour universel

déçu balance de l’acide

à la face des plus belles

idées inaccessibles

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sur la place s’empilent des corps

des livres blanchâtres

nus pour qui on brûlait

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dans la cuisine

peinte en rouge

les enfants crient

de faim dieu est

.

un auteur dangereux

.

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À suivre…

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