Une seconde, 9

Par A.c. Hello. Lire les autres épisodes ici.

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Trois trous parvenaient à reconstruire leur visage.

Ils montraient une partie de l’espace à travers la chair. Un espace compris entre le sol et le coin collé de la paupière. Une réponse à la guerre comprise entre les poitrines, les arbres, l’air, les os, les maisons, les mouches, les cervelles. Trois centres humides et mous, au milieu d’une chair qui poussait en direction des multiples points rigides de la guerre. Trois trous pourrissants. La montée d’une menace. Les dents claquaient, remontaient brutalement sous les joues, déchiraient les tissus, se soulevaient en cascade vers l’arête du nez, jaillissaient par les narines, se plantaient dans mon regard de poisson et me raclaient le fond des yeux jusqu’à l’os. Jusqu’à ce que le visage se disloque et qu’il ne s’agisse plus d’un visage précis. Qu’il soit aussi léger que le visage d’un mort. Qu’il cesse de chercher son nom. Qu’il cesse d’être limité. Collé aux rayons de lumière. Collé au soleil et aux planètes. Je réalisais que ce visage était en train de hurler. Un cri face contre terre. Étouffé. Un ventre ouvert, duquel sortaient deux bras et un cou. Les jambes se détachaient l’une après l’autre. La chair coulait vers le sol. Devenait le sol. Devenait un spectre et se fondait dans le mouvement incessant de la guerre. Les cercles noirs se retiraient vers le fond. La chair craquait et ne poussait plus. C’était un visage de pierre, planté dans la nuit. Parti se noyer au-dessous de tout. Un visage qui mâchait le froid jusqu’au fond. Un visage glacé que personne ne viendrait réclamer. Putain d’armée de trous. Putains d’égouts à guerre. Les dents se fichaient dans mon front. Je rebondissais dans l’obscurité. Trois trous sortaient en rampant d’un visage inquiet. Je baignais dans un bruit de canines. La chair sautait hors d’elle-même et mastiquait l’oxygène. Des ronds de chair noirs. De la chair perforée. Le visage était derrière l’air, derrière l’obscurité vide, derrière le corps. Il commençait à se dissoudre, les dents brisées dans le ciel vide.

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À suivre…

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