Empirique fossile, 3

par Marie de Quatrebarbes. Lire ici tous les épisodes

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Ce que nous croyons voir distinctement, et même indiscrètement, dans l’encadrement du rivage se lève sous nos yeux et remonte du fond et se condense en forme de petites gouttes cette fois-ci trop petites pour que nous puissions les voir. Puis les formes retombent dans l’obscurité. En août, c’est déjà l’automne. Le soleil d’un blanc mat lévite au-dessus de l’eau sombre. Un vent froid passe à travers nous. Sur la mer, les vagues sont petites et très vertes. Soudain on se retrouve dans un monde tout autre. Bien que formées en nous-mêmes, les sensations projettent à l’extérieur des images dont nous ne sommes pas les maîtres. Un frisson nous parcourt. Les animaux et les algues partagent un genre confus. Sommes-nous des intrus que la mer repousse à la limite ? Nous pouvons tabler sur une évolution lente, ne construisant plus la vision à partir d’elle-même et de ce que nous croyons voir, mais avançant incrémentalement, par connexions successives. L’optique s’élabore à partir de la position désertée du spectateur. De toutes façons, où que nous nous tournions, la mer est partout. Nous nous abandonnons à ses rythmes. Ils ne conduisent à rien qu’à un encaissement de rythmes. Ce qui étonne d’abord, ce qui ne cesse d’étonner, c’est la vélocité de cet espace où rien ne bouge, rien ne se presse pour aller quelque part. Le mouvement est comme rien, répétons-nous. Devant la destruction, qui est un fait assuré, l’immobilité devient notre conquête, nous nous échappons par excès de fixité. Puis, quelque chose se produit car quelque chose brille que nous n’osons regarder mais qui nous pousse à regarder ce quelque chose qui nous attire. Celui qui guette sa proie devient sa proie à l’instant où elle se fige. Cela fait peur, dites-vous. Oui, de toute évidence, et rien n’indique que la peur puisse se résorber. Même quand on craint le feu, on se penche vers lui. Il y a comme une inversion de perspective qui nous fait prendre l’objet de la peur pour perspective. Certains se jettent à la mer par peur de la noyade. L’attrait du vide est une politesse du vivant.

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À suivre…

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