Au cul de Manse

Par Olivier Domerg

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Entre Les Forests et Les Pouas, au cul de Manse si l’on veut, revenir sur l’hypothèse « nappe de charriage », fragments calcaires mêlés aux résidus du plissement marneux, et, par conséquent, à cette carrière, creusée jadis dans le flanc nord-est donnant sur le torrent d’Ancelle, d’où on extrayait sans doute sable et pierres ; et, qui, aujourd’hui, ne sert plus, ou alors simplement comme repère, lisière d’une petite forêt remontante (mezzé de pins et mélèzes), vers le sommet de la plus petite des bosses.

Deux corbeaux craillent en plein vol. Ils ont fait le tour, eux-aussi, prenant la mesure de cette cime qui se trouve être la moins élevée (1497 m).

On aimerait, comme eux et d’un coup d’aile, pouvoir tracer une circonférence rapide du Puy. Dresser un état des lieux aérien et surplombant. Un inventaire à la vitesse du vent. On aimerait, comme eux, embrasser cette vue générale à l’altitude la plus appropriée.

Examiner ce premier contrefort, plutôt rond et conique, frangé d’ailleurs de conifères. Ce bois dont nous parlions à l’instant : quelques mélèzes y bourgeonnent parmi les pins hérissés.

Lesquels ? Mystère ! Nous n’en savons rien pour le moment.

Ici, on a extrait des cailloux, du gravier, du sable de carrière, accentuant la dépression du terrain ou la creusant.

La découpe de la carrière dans le flanc de Manse rappelant, à quelques différences et hectomètres près, LA FORME, dont nous ne cessons de causer et de tenter de circonscrire depuis le début de ce chantier. Tout comme ces notes rappellent celles prises, ici même, il y a trois ans.

Côté ciel, ça se dégage un peu. La chape s’effiloche, les nuages filent, le soleil réapparait par endroits. Retour des criailleurs. Ils sont toute une colonie à vivre de part et d’autre de la crête, s’abattant tantôt côté Chaume froide, tantôt côté Travers. Tu ne sais si, comme les moutons, indécrottables pécores, ils ont l’instinct grégaire, ou si, comme tu le subodores, ils préfèrent agir en « bande organisée ». On sent, plus que toute autre espèce, qu’ils ont élu domicile sur ces pentes et ces crêtes. Qu’ils sont ici chez eux. Et que les troupeaux domestiqués d’animaux ou de touristes ne les effraient pas beaucoup. Ils craillent en nombre, vous raillent d’abondance à la moindre occasion, en se passant le mot (rien de plus ridicule qu’un poète au travail !), mobilisant en partie le terrain et l’espace sonore.

On a essayé plusieurs fois de les approcher pour les photographier. Sans grande réussite, hormis, au moment de l’envol, quand la ou les vigies donnent l’alerte, brusques échardes noires griffant l’azur.

Reprendre notre étude sur la géomorphologie du terrain. Le dos de Manse est un ventre plutôt qu’une chute de reins. Cairns, courte forêt, nombreux congères de ce côté. On franchit une barrière (bois gris clair, délavé), emprunte un chemin vacher qui longe le pied du mont : sorte de tirer-droit à flanc de montagne.

Des mélèzes, souvent disséminés. Certains sont gringalets, d’autres, fatigués ou esseulés. L’hiver a été long et rude. Comme partout, l’herbe est filasse, cuite, aplatie. La couleur de l’ensemble tire sur le marronnasse, hormis la cime, que souligne un ourlet blanc (haut du versant damé par la neige).

Plus loin, la piste, qui dessert l’une des fermes, nous offre un angle de vue plus ample car plus ouvert. On devine la masse convexe, la croix fichée sur l’autre versant. On voit, une fois encore, se radiner LA FORME.

La Photographe travaille derrière la ligne de barbelés. Pins noirs, fagots de bois mort, abreuvoir, terrain semé de bouses. Voilà bien l’autre sens de « montagne à vaches » : celle qui les nourrit et, qu’en retour, elles fertilisent.

Plus tard, repartant en direction d’Ancelle, on s’arrête en bordure de la départementale, près d’une vieille maison au toit de bardeaux (qu’entourent de beaux arbres caducs), afin d’effectuer des prises de vue (plus lointaines) de la montagne. Soudain, au signal de l’un d’entre eux, une cinquantaine de corbeaux décollent du champ adjacent, avant de se poser plus loin, au pied de Manse.

Notre étonnement de ne pas les avoir vus avant,
mouchetures noires sur fond brun terne.

 

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[ tenir la note, 1 – Au cul de Manse, 16 avril ]
Lire [ prose une – Les Marcellins ]
Lire [ chant un – Au premier rang ]

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