Tout est normal, 8

Par Guillaume Condello. Lire ici les autres épisodes.

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lui aussi sans pourquoi le cerisier fleurit
encore blanc pourquoi
(mais ce n’est pas________un sakura)
dans la chaleur encore__.froissée
du matin

je le regarde depuis
________________la pièce
vacante
________________d’un jour neuf
et blanc
toujours
déjà usé comme si

de rien
n’était plus
irrémédiable

penché sur mes œufs
(je chante) :
________________________Café noir, matin
________________________Je m’arrache lentement
________________________À la vision noire
________________________De cette poêle où crépite
________________________Bruni, l’avenir du monde

je pense à cet ami
il avait________au cœur comme
une blessure simple
salvatrice sa femme
________touchée par
________le cancer je me souviens
d’un autre qui
me disait
________(je ne le croyais pas alors)
comment ce que nous nommons
comme un exorcisme le
capitalisme produit
par nos gestes
________dans le sillage de la main où l’eau se plie
se déplie et respire
________________comme un livre
illisible
nos machines produits composés artificiels les aliments que nous transformons dans nos corps ces matières emprisonnées un temps dans une forme
fuyante comme l’eau et jusqu’à nos rythmes de travail et
de vie
________sans cesse
la mort
un produit
________salvateur
qui sait ________alors que
nous sommes sommés
d’être responsables
de
________l’éternité
en voie de
________disparition

comme les animaux
en masse (et je chante)
________________________En me retournant
________________________(Sur un temps au fond si court)
________________________J’ai vu disparaitre
________________________Les coquelicots d’antan
________________________Sur les tableaux de Monet
je ne les connaissais sans doute
________pas encore
sinon comme
des illustrations pour paquets de chocolats
industriels
eux aussi
à Noël
(et je chante)
________________________Petits, nous courions
________________________Pour attraper les lumières
________________________Au creux de la main
________________________Dans le soir déjà venu
________________________Les lucioles sont éteintes
c’était au temps de
l’éternité c’était
l’âge d’or
________chacun
maître en son domaine son
jardin enclos carré
le monde sans
dehors sans
________voisin le même
rêve et l’on déracinait
la vie
________au Roundup aux
pesticides
innocents c’était
________________________L’été nous chassions
________________________Les sauterelles aux ailes
________________________Rouges ou azur
________________________Et les bleues étaient déjà
________________________Plus précieuses car plus rares

je m’arrache aux toiles
d’araignées des
________souvenirs dans la rosée
brillante
________disparues
elles aussi il est temps
en voiture
d’aller suivre les rythmes de
nos vies de
________l’heure du
travail ce n’est pas
la mine au fond
où l’on creuse pour extraire
de quoi faire tourner les rouages
de l’éternité
________de la guerre aussi
au loin je chante
les pieds dans une flaque
irisée de contradictions
________________________La main sur la pompe
________________________Remplissant le réservoir
________________________Je pense à ces corps
________________________Changés en millions d’années
________________________Qui nourrissent ma voiture
sur 800 km
________jusqu’à la prochaine
station en croix
je roule
à contre-sens
________du temps qui tourne
et à travers la fenêtre je vois
les plaines retournées le ciel
s’y coule noir
________________en longues lignes
et retour_______oui
________________________L’âge d’or est bien fini
________________________Dans les longs champs de goudron
________________________Les engins moissonnent
________________________On construit une autre route
________________________Au bord de la route
il y a encore des bouteilles
________de plastique elles aussi retourne
-ront à la mer et
l’éternité et
le soleil
________et le temps
pour retourner à la terre retrouver
ces corps premiers qui
poussaient avant
________la disparition des dinosaures
je roule

comme je roulais dans
une camionnette de paysan
à la retraite (en voie de disparition)
crachant________une fumée noire
par la fenêtre
j’ai vu
________une nouvelle mer
de plastique sans moisson ce n’est pas la mer
mais toujours les mêmes s’y noient
qui ont réussi
à la traverser
________(ce n’est pas la mer
non plus
mais un nom________ utile
qui redouble la mer et tremble
blanc_____usé
à sa surface)

j’ai vu
(sur internet)
________un nouveau continent
de plastique où se multiplient des crabes
de récif mais
ce n’est pas un continent où vivent les bêtes
________emportés par un tourbillon
de temps
lointain d’où une autre voix défigurée chante
cette gorge qui
________ne m’appartient
plus
cette triste ritournelle
________________________Tournent valsent tournent
________________________Les grands gyres de plastique
________________________Et les continents
________________________Continuent à dériver
________________________Depuis des milliards d’années

ils gisaient au fond
des mines
________des minerais
ce n’est au fond qu’un peu
de terre
________plus utile
pour faire tourner
les rouages

par la fenêtre défilent
toujours
________les champs utiles
en frise en chevauchée noire
________d’apocalypse
continue même pas de
________révélation
je vois les centrales blanches
gueules ouvertes elles crachent
________vers le ciel
un cri forme fuyante un
________peu de vapeur
muette
une haleine un peu plus chaude
________je chante
aussi
gueule ouverte comme
________un loup
en voie de disparition

________________________Je l’ai lu hier
________________________A Tchernobyl les troncs morts
________________________Ne pourrissent pas
________________________Et les bêtes enfin libres ?
________________________Prolifèrent sans les hommes

sous la terre
ensevelis comme des reliques des corps
________glorieux momies enroulées
comme un poing en position fœtale les mains
________réunies dans le silence
sous la terre
________priant peut-être
en ondes invisibles comme
________la pierre au fond de l’eau
muette
déchets
________en demi-vie
comme
les spectres Ulysse pourrait-il
leur demander comment se passe
la vie
________dans l’au-delà
(elle dure environ 18 milli.ons d’années
________pour certains corps)
et pour les signaler aux générati.ons
futures
________des ingénieurs ont pensé
à des pyramides
nos monuments pour l’éternité
seront
________des décharges

________________________Sous la pierre nue
________________________Pharaon enseveli
________________________Rayonne immortel
________________________Comme nos déchets légués
________________________À l’éternité clémente

.

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À suivre…

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