Une seconde, 4

Par A.c. Hello. Lire les autres épisodes ici.

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J’avais fait trop de bruit, je ne voulais pas que ça recommence, tout était fini, qu’est-ce que j’en savais, laisse-moi parler, tu étais tout, de quoi tu te mêles, tout recommençait au même endroit, c’était déjà quelque chose, on me disait que j’en avais fini, qu’est-ce que j’avais fini, je devais te laisser, je ne m’en faisais pas pour toi, mort de quoi, j’allais me réveiller, c’était la nuit, à partir de quel moment dans cette chambre, à partir de quel moment dans cette chambre d’hôpital, personne n’avait plus rien dit, n’avait plus osé rien dire, avait décidé de ne plus jamais le dire, l’avaient-ils déjà dit d’ailleurs, avaient-ils cherché désespérément à le dire, et que pouvaient-ils dire puisque tout était terminé, savaient-ils au moins de quoi il s’agissait, allaient-ils s’oublier à dire cette pensée qui crevait leurs gorges, allaient-ils continuer à te regarder comme si tu leur parlais, c’était plus simple de laisser croître le silence, pour que rien n’achève ce qui claquait imperceptiblement au milieu du vide, cette énergie discontinue, d’une grande intensité, en relation étroite avec mon œil et ma bouche, qui se cramponnait à moi, me traversait et se superposait au monde réel, tandis que ton corps raide, la tête penchée, contemplait d’autres mondes, je courais dans ma tête immobile, ils ne me voyaient pas, des phrases interminables sortaient de leurs yeux, leurs dos se courbaient, leurs bras pendaient au bord du vide, je restais dans l’ombre, aplatie sur le sol, mes deux bras fouillaient les cailloux, il n’y avait plus de couleurs, je suis née ici, j’ai survécu sur l’os de ton crâne, tu ne me voyais pas, tu ne m’as jamais vue, les gens chuchotaient, ils passaient des heures à se révéler à eux-mêmes en te regardant pourrir, ils mouraient lentement de cette parole qu’ils tentaient de se rentrer au fond de la gorge, en regardant tes yeux fixes et tendres, à quelle exacte seconde leur raison s’était-elle effondrée, un instant ils semblaient vouloir me parler, savaient-ils donc qui j’étais, moi qui ne connaissais rien de ma situation, mais ils retournaient se planter au fond de la chambre comme des piquets, on entendait couler ton corps le long du lit, emportant ton cri terrible, tu m’avais engrossée de tout un tas de choses infectes, belles à crever, j’avais désormais pour tête une grosse boule, tragique à enfermer, l’eau s’était déplacée au-dedans et je marchais en crachant par les yeux, le monde était trouble.

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À suivre…

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