Une seconde, 3

Par A.C. Hello. Lire ici le premier épisode et là le deuxième.

Je me retrouvai sur le boulevard des Batignolles après avoir cherché plusieurs heures la sortie de l’hôpital, la nuit tombait, je ne reconnaissais plus rien, je ne trouvais plus les mots pour supporter l’odeur de ta mort, plus rien ne m’arrêtait, moi la fiction concrète, moi l’époque s’enfuyant, moi le million par tous les trous s’enfuyant, moi le million s’enfuyant, le tout partout du million convulsif, la totalité du tout partout giclé du million, le million des coins de rue, le souffle du million livide, les jambes du million blanc et sportif, l’opinion du million domestiqué sur le million servile, le million stable et convenable qui stimulait le marché-million, le marché-million qui voulait voir dégénérer les hommes par millions, la grande paix conviviale des millions sans pitié qui usaient des millions de cadavres, les détenteurs du million qui jouissaient du million des perdants, la mauvaise mémoire du million mécanique, les petites griffes du million contemporain et urbain, hostile à l’immonde plainte du mauvais petit million, moi le million s’enfuyant, terrible dans un tas d’ordures, civils engloutis et roublards, civils dupes, amollis, hommes moyens affamés s’enfuyant s’excitant l’unanimité, s’excitant le groin stationnaire, s’enfuyant, s’échappant le regard fixe, moi la violence, moi la violence du choc, moi le choc, moi le choc des foutus de nous, de nous moi la violence des foutus, des foutus le moi de la violence, du choc les nous du foutu, du foutu les mensonges des vendus, des vendus la violence des foutus furieux, moi le foutu au ventre sale, le foutu de nous vendu, le foutu de nous forcé qui bougeait en dernier, moi le million foutu par tous les trous, moi le million, le fond de l’homme menaçant, moi le million foutu intolérable, moi le million des foutus si pénible à la longue, qui continuait à se relever, si pénible, le million si pénible, la forêt du million qui poussait, le million des foutus de nous surpris d’être encore debout, qu’on essayait de ramener violemment à terre, moi la violence des foutus debout, moi la forêt des foutus devant la lune, moi le choc des foutus contre la lune, la forêt des foutus endormis arrachés par millions, le poumon bloqué des foutus brûlants, la paralysie des foutus qui travaillaient à se faire foutre, la fuite des foutus en mer, le petit battement des foutus qui flottaient au fond du monde, le plancton des foutus en suspension dans un océan de foutre, la brutale élévation du niveau de foutaises, la défouturestation de la planète, l’arrachement des grands foutus vivants par le Grand Foutu Plat, l’incroyable densité du foutu qui pensait bien, en guerre contre les foutus vivants, toute ma vie foutue par les désirs abjects du foutu qui pensait bien, le Grand Foutu Fluide ulcéré par les foutus en lutte, fluides deviendraient les foutus vivants, décidait le Grand Foutu Cupide, fluides, informes et horizontaux deviendraient les foutus liquides avant de s’écouler dans les canalisations, liquidons les foutus liquides qui fissurent la douceur de vivre du Grand Foutu Cynique, fluides deviendraient les foutus enfermés du matin au soir qui poussaient, triplaient et débordaient, cette marée haute de foutus petits et gras, ce flot de foutus sourds qui ruisselait et suintait dans le Grand Foutu Prospère, engloutissons les foutus noyés, qui glissent sans bruit les uns sur les autres, avant de prendre définitivement la forme du Grand Foutu Avide, flexibles deviendraient les foutus sulfuriques, le dos courbé dans les chantiers et les carrières, fléchis les foutus agrochimiques aux mains rongées, pliés dans les fermes, les hangars et les voitures, accroupis les vieux foutus bouchés qui transpiraient et travaillaient au tissage de carpette, au cirage de pompes funèbres, les foutus fluides aux traits tirés circuleraient harmonieusement, sans à-coups et sans révolte, reliés entre eux par leurs petites pattes pour protéger le Grand Foutu Vorace, foutu déclin, foutue foule croyante, foutues voix perdues, foutu accident des volontés libres, foutus spasmes, foutue viande froide.

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À suivre…

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