Mahomet (4/6)

Par Eliot Weinberger. Traduction de Guillaume Condello. Il s’agit d’un essai compris dans le volume An Elemental Thing (New Directions, 2007). Vous trouverez en cliquant sur le lien, également traduit en français par G. C., l’extrait d’un entretien dans lequel Eliot Weinberger justifie notamment le choix de son titre. Lisez ici le premier épisodelà le deuxième et là le troisième, qui composent la première partie du texte. Voici la seconde :

*

*

A vingt-cinq ans, Mahomet épousa une riche veuve, Khadija, qui avait quarante ans. Elle porta sept de ses huit enfants : trois fils, qui moururent, et quatre filles. Pendant vingt-quatre ans et un mois, jusqu’à sa mort, il ne se maria à aucune autre femme, et ses futures épouses durent s’adapter à sa nostalgie et à son chagrin.

Sa deuxième femme, Sauda, avait vingt-six ans ; elle était veuve. Comme elle avait peur qu’il ne demande le divorce, elle donna la nuit qui lui était normalement attribuée avec Mahomet à sa troisième femme, Aïcha. Elle disait que, bien qu’elle n’appréciât pas les relations sexuelles, elle voulait être ressuscitée avec les femmes du prophète.

Il épousa Aïcha, connue pour son savoir et son esprit, alors qu’elle avait six ans, et consomma le mariage lorsqu’elle en avait neuf ; elle était la seule de ses femmes à être vierge. Quand elle a été accusée d’être adultère, un verset lui fut révélé, prouvant son innocence. Ils prenaient leur bain ensemble ; il priait dans ses bras ; dans ses bras, un verset lui fut révélé ; il mourut dans ses bras, alors qu’elle avait dix-huit ans, et fut enterré dans sa maison. Une fois, on demanda à Mahomet qui était la personne qu’il préférait : « Aïcha. » « Non, je veux dire, parmi les hommes. » Mahomet répondit : « Son père ». Il disait qu’Aïcha, était aux autres femmes ce que le tarid, un plat de viande et de pain, était à de la simple nourriture.

Lorsqu’il envisageait de se marier, il envoyait une femme sentir le cou de la future épouse. Il disait que si le cou était agréablement parfumé, tout le reste de la personne était agréablement parfumé. On examinait aussi le cou-de-pied ; car s’il était charnu, tout le reste de la personne était charnu.

Oum Sharîk, de la tribu d’Azd s’est offerte au prophète en « présent gratuit », et un verset lui fut révélé, disant qu’il pouvait l’accepter. Hafsa était veuve à dix-huit ans, belle, instruite, mais colérique. Le premier mari d’Oum Habiba, malgré les avertissements de sa femme, devint chrétien, prit goût au vin, mourut, et alla en enfer. Oum Salama était veuve, elle avait deux enfants, dont le père était mort à la bataille d’Uhud. On lui demanda si l’étreinte du prophète était semblable à celle des autres hommes, et elle répondit oui. Alors Djibril apporta à Mahomet un plat préparé par les Houris du paradis, qui lui donna la puissance de quarante hommes, et il visita toutes ses femmes en une seule nuit.

Zaynab, fille de Jahsh, épousa Zayd, un esclave que Mahomet avait émancipé et adopté. Mahomet vint rendre visite à Zayd et par mégarde vit Zaynab légèrement vêtue ; il tomba amoureux. Zayd offrit de divorcer mais Mahomet refusa jusqu’à ce qu’un verset lui soit révélé, affirmant qu’ils étaient déjà mariés au paradis. Ainsi, Dieu lui-même la lui donna en mariage.

Le mari de Zaynab, fille de Khuzayma, était lui aussi tombé à la bataille d’Uhud ; elle mourut huit mois après son mariage. Il divorça de Maymouna, mais on sait peu de choses d’elle. Juwayriya, fille du chef de Khuzaa, fut faite prisonnière avec sa tribu, les Banu Mustaliq ; son mari avait été tué durant le combat. Puisque Mahomet ne pouvait avoir d’esclaves dans sa belle-famille, il émancipa la tribu entière. Safiya, fille de Ho-Yay, qui avait dix-sept ans et était juive, avait été capturée à Khaybar, après que son mari mourut durant la bataille. Rayhana était elle aussi juive, capturée et enlevée à la tribu de son mari, les Banu Qurayza.

Il y eut Aulia, d’avec qui il divorça avant que le mariage soit consommé. Pendant son mariage avec Fatima, fille de Dhahhak, un verset lui fut révélé, lui ordonnant de demander à ses femmes de choisir entre Dieu et les biens de ce monde. Fatima choisit le monde, quitta Mahomet, et à la fin ramassait le crottin de chameau dans les rues en se lamentant sur son sort.

Le prophète mourut avant que l’on puisse lui amener Shinya. Asma fut trompée par la jalousie d’Aïcha et de Hafsa : elles lui dirent qu’elle devait se montrer timide avec Mahomet, et refuser ses faveurs. Il la renvoya dans sa tribu. Pour apaiser la colère de Mahomet, un disciple offrit sa sœur Qutaila, qui vivait au Yémen ; ils firent envoyer quelqu’un pour la chercher, mais Mahomet mourut avant qu’elle n’arrive. Malika aussi fut trompée par Aïcha, refusa les avances du prophète, et fut renvoyée. Amra, fille de Yazid, se révéla lépreuse. Il épousa Sana, mais elle mourut avant de pouvoir le rejoindre.

Un jour, alors que Mahomet était assis dos au soleil, Layla lui tapota sur l’épaule. « Qui est-ce ? dit-il, que les lions le mangent » – c’était une plaisanterie qu’il faisait souvent. Elle répondit : « Je suis la fille de celui qui nourrit les oiseaux et rivalise avec le vent ». Elle proposa de l’épouser. Il accepta et la renvoya dans son village pour attendre ses instructions. Ses amis lui dirent que c’était une erreur : Layla était une femme jalouse et Mahomet avait de nombreuses épouses. Elle revint voir Mahomet et demanda à être libérée des liens du mariage. Il accepta, mais plus tard elle fut effectivement mangée par un lion. On disait d’elle qu’elle était malpolie et qu’elle chevauchait son âne d’une manière obscène.

Il demanda Oum Hani en mariage, mais au lieu de cela elle épousa son oncle et eut beaucoup d’enfants. Quand son oncle mourut, elle se proposa à Mahomet, mais c’était trop tard. Le premier mari de Dhaba mourut et la laissa extrêmement riche ; son second mari était impuissant et elle divorça ; son troisième mari mourut. Sa beauté était légendaire : quand elle s’asseyait elle occupait une très grande partie du tapis, et son corps était entièrement recouvert par ses longs cheveux. Mahomet la demanda en mariage, mais il changea d’avis lorsqu’il découvrit qu’elle avait vieilli.

La tribu de Safiya, fille de Bashshama, fut capturée et Mahomet essaya de convaincre  celle-ci de divorcer d’avec son mari, mais elle refusa et fut maudite. Khawla, fille de Hakim, s’offrit en mariage, mais il refusa. Oumama, la fille de sa nourrice, voulait l’épouser, mais elle était sa sœur de lait, et c’était interdit. Khawla, fille de Hudsail, épousa Mahomet, mais mourut avant de le rejoindre. Shurafa de la tribu de Kalb avait un joli grain de beauté sur la joue, et l’on ne sait pas pourquoi Mahomet, après sa demande, ne l’épousa pas. Il y en avait une autre, dont le nom est maintenant oublié, dont le père ne voulait pas qu’elle épouse Mahomet, alors il prétendit qu’elle était lépreuse, et la maladie s’abattit immédiatement sur elle.

En plus de ses femmes, il y avait deux de ses servantes qu’il visitait régulièrement : Maria la Copte et Kihana, toutes deux envoyées à Mahomet par Muqawqis, le gouverneur d’Alexandrie. Il passa vingt-neuf nuits d’affilée avec Maria la Copte, et apparaissait, ruisselant de transpiration, à la porte de la chambre, à la fureur de ses autres épouses ; le scandale était tel qu’il menaça de divorcer d’avec toutes ses femmes. Elle fut la seule, en plus de Khadija, à lui donner un enfant : un garçon, qui mourut.

Mahomet disait que le Jour du Jugement, les gens seraient rassemblés, les pieds nus, le corps nu, et non circoncis. Son épouse Aïcha demanda : « Ô messager d’Allah, les hommes et les femmes seront-ils ensemble ce Jour-là, et se regarderont-ils ? » Le prophète répondit : « Aïcha, l’affaire sera trop sérieuse pour qu’ils regardent ».

*

*

À suivre…

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s