Planète plate, 3

par Fabrice Caravaca. Lisez ici le premier épisode et là le deuxième.




Le son des chocs. La vibration de l’air aussi. Les tremblements de la planète plate sont l’origine des vibrations de l’air et de celles qui parcourent l’ensemble de la planète plate. Ce serait comme une multitude d’épicentres dont les forces conjuguées sans fin troubleraient le calme apparent de la planète. Ce serait comme une multitude de respirations. Ce n’est jamais calme une planète. Encore moins une planète-planète. Qu’elle soit plate ou non. Chaque seconde s’étire et transforme les paysages. Il y a parfois comme une lenteur. C’est-à-dire que chaque élément du paysage dans l’événement de la seconde se métamorphose des centaines de fois sans que cela devienne mouvement. Tout tremble dans l’élasticité de la seconde de façon tellement lente que tout paraît exagéré ou apparaît en accéléré. C’est cela les vibrations ou ce qui se fait vibration : l’exagération de la lenteur et sa possible compréhension dans l’accélération de l’apparition de tous les éléments du paysage.




Sur la planète plate il y a une sorte de consumation du temps très précise. Très distincte. Quelque chose qui brûle l’air sans que cela soit des flammes. Et pourtant irradiation de l’air. Des rayonnements colorés font l’air se consumer et font l’incendie du temps durer plusieurs éternités d’étoile. C’est imperceptiblement long. Cela dure très longtemps. C’est une durée sans fond ni tréfonds. Une durée qui ne se pense pas en temps qui s’écoulerait. C’est le temps des planètes et de toutes les planète-planètes. Sur la planète plate le temps s’écoule et brûle au rythme du temps des planètes. C’est un temps qui ne se mesure pas. C’est un temps qui est chaleur. Un temps physique qui émet des rayonnements. Un temps explosif et plus qu’atomique. Un temps de radiations. Le temps des planètes n’est pas un temps véritable ou alors l’extension parfaite de la notion d’espace et d’espace élastique qui transforme les durées et leur rayonnement ainsi que leurs possibles brûlures.




Au travers des espaces qui constituent la planète plate s’ouvrent d’autres espaces. Il y a ainsi extension de la planète. La planète plate s’agrandit de l’intérieur. Elle crée ses propres élargissements. La planète plate invente ses marges et les détruit en un même temps. La planète fait des plis avec sa géographie intime. Elle se dévore et pourtant de la sorte il se produit un phénomène d’accroissement de ses espaces à l’intérieur de ses espaces. La planète qui vit au rythme du temps des planètes et s’accroît de l’intérieur définit sans fin de nouveaux espaces-temps qui la font être en permanence une autre qu’elle-même et c’est là tout ce qui vient parfaire son identité. La planète plate appartient aux planète-planètes. La planète plate est une planète qui vit dans l’absolu de ses métamorphoses. Dans la joie de son propre corps de planète qui n’en finit pas de se mouvoir à l’intérieur de lui-même. Ce sont de multiples plis dans les espaces et dans le temps. Ce sont aussi les créations de paysages dans un au-delà des espaces de la planète. Comme s’il y avait plusieurs planètes en une. Comme s’il y avait les jours et les nuits qui se mélangeaient. Peut-être aussi quelque chose qui ressemblerait à un temps du rêve particulier. Ou à un temps des rêves à l’intérieur desquels se multiplieraient les images de la planète s’agrandissant et s’agrandissant plusieurs fois.




La planète plate n’a pas d’histoire en ce sens qu’elle est intemporelle. Et même atemporelle. Elle existe selon le temps des planètes. Elle traverse les temporalités et s’en remet à ses propres qualités de planète plate. Elle vit sous le règne de plusieurs soleils. Certains sont morts. D’autres alimentent encore leurs feux intérieurs de mots inconnus. Des constellations de soleils éclairent les histoires de la planète plate. Ils lui font une généalogie et aussi des formes de géographies dans les espaces-temps de la matière. Des particules noires et pourtant lumineuses forment aussi ce tapis de poussière microscopique qui est le sol de la planète. Ces particules noires renvoient la lumière dans les atmosphères de la planète. Ces particules noires réfléchissent la lumière des soleils et multiplient ainsi les sources possibles d’énergie autour de la planète.




Des secousses animent la planète plate. C’est-à-dire qu’il existe une sismographie précise de l’âme de la planète. Une écriture aussi de l’âme de la planète. L’ensemble des secousses, leur répétition ou leur absence sont les signes qui fondent les langues de la planète plate. Les accents et les reliefs de paysages particuliers à la planète plate au milieu des autres planètes. La planète si elle est plate n’est pas dénuée de ponctuations. Ou a connu bien des ponctuations. La planète participe elle-même de sa construction et repousse ses frontières et abolit ses sommets. Elle secoue son âme vivement et invente donc sa propre sismographie et son écriture personnelle. La planète se place au centre d’elle-même et produit ses propres voyages qui tout en la modifiant la fondent. La planète plate ni ne parle ni n’écrit mais elle sait des sons articulés et des signes graphiques. Elle se met en place au sein de sa propre histoire de planète et en cela est une planète-planète. Et elle met aussi en place les tremblements graphologiques et sismiques de ses caractères particuliers.




La planète plate parce qu’elle est planète-planète gronde aussi comme la possibilité de l’orage. Elle radiographie l’ensemble des ciels et en remuant dans ses nuits elle renvoie ses craquements ou ses grondements sur tout l’espace immense qui est le sien. Toute la planète gronde, craque, émet des sons qui se répercutent d’un bout à l’autre des territoires. Échos multiples traversant la surface de la planète et qui se percutent dans l’infini possible des sons. Ondes parallèles aux échos traversant à leur tour toute la planète et qui s’en vont, signaux précis, traverser les ciels des galaxies. Signaux qui sont des parts entières de la planète plate et qui se cognent aux planètes alentour et parfois un peu plus loin encore. Une musique sidérale et sidérante dans l’espace des planète-planètes. Mais une musique qui ne s’entend pas. Une musique qui plutôt s’étend et se perçoit et se ressent dans le corps des planètes alentour et parfois au-delà. Une musique corporelle de l’échange. Une musique de la matière qui chante et parle la matière. Une musique de la matière par la matière elle-même et se transmettant de planète à planète. De matière à matière de façon simple et évidente par chocs, tremblements et secousses et ondes émises suite à l’ensemble de ces phénomènes précisément corporels, inhérents aux corps même de la planète. À la matière de la planète.




À suivre…

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