« Planète plate » (WiP, 1)

par Fabrice Caravaca.

C’est une planète. C’est une planète plate. Cela est dit. C’est comme cela : c’est une planète plate. La planète est plate. Il est impossible de la qualifier autrement. La planète plate est faite d’histoires et de l’histoire de toutes les planètes. La planète plate est faite d’histoires qui ressemblent aux histoires nouvelles. C’est ainsi. Une planète plate faite d’histoires qui se répètent et qui tout en se répétant la font changer d’orbite. Planète se retournant parfois sur elle-même. La planète comme un disque au milieu des univers. La planète plate comme une galette de céréales. La planète comme une crêpe. La planète à manger. La planète à lancer comme un disque, à mettre en orbite autour de soi-même.
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Le matin sur la planète plate. Le soir sur la planète plate ressemble à tous les matins de la planète. Comme une lumière permanente. Un vieux jaillissement affaibli et persistant. Une couleur venue des trous tout autour. La planète plate connaît une douce lumière. Mais une lumière jamais assez intense pour que l’on perçoive les choses dans leur entièreté. Les contours sont flous. Chaque chose sur la planète plate semble hors de portée. Apparaissant dans des sortes de brouillards. Chaque chose comme insaisissable. Comme dans les rêves perdus ou qui se retournent ou se mettent à l’envers ou tournent autour de très anciens souvenirs. Voilà, la lumière douce et faible et comme issue de vieux trous de la mémoire. La mémoire comme filtre permanent de la lumière. Ce serait le matin ou bien le soir. En tous les cas une possible voire réelle continuité du soir et du matin. Comme la construction d’un temps égal. D’une dimension du temps égale et infinie. Un temps égal à la distance qui ne sépare plus le soir du matin.
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La planète plate ne parle pas. Ou la planète plate ne parlerait plus. La pensée de la planète plate est très claire, simple et infinie. La planète plate a une pensée qui n’appartient qu’à elle. Elle ne parle plus parce que toute sa pensée est présente dans sa géographie. La planète plate ne parle pas parce que l’ensemble des atmosphères peuvent la comprendre et l’aimer. La planète plate ne parle pas parce qu’elle est plate et que c’est précisément cette qualité qui exprime le mieux tout ce qu’elle est. La planète est plate ; cela dit tout ce qu’elle est.
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La planète plate existe depuis que les temps se retrouvent et se retournent sur eux-mêmes. La planète plate est une invention. C’est-à-dire qu’elle s’invente elle-même. Elle gravite autour de sa propre invention. La planète plate gravite puis parfois elle tombe mais jamais très loin de sa propre invention.
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Les chutes possibles de la planète plate parmi les vides qu’elle constitue comme première matière possible. La chute parmi les multiples possibles de renversement. La planète-planète qui se retournerait d’elle-même sur elle-même. La planète qui se souviendrait d’elle-même. De son existence parmi les durées parfois prolongées des espaces qui la séparent d’elle-même. Ou d’un récit très précis qui serait une histoire parfaite et parfaitement saisie. Une histoire dans les histoires de la planète plate qui en ferait de façon précise et parfaite une planète-planète.
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La planète plate n’est pas seule. D’autres planètes. D’autres formes de planète aussi. Des échanges de respirations entre planètes et entre planète-planètes. Des conversations de planète à planète. Mais la planète plate ne parle qu’avec son corps. D’ailleurs toutes les planètes ne parlent qu’avec leur corps. Et toutes les planète-planètes ne parlent aussi qu’avec leur corps. Des conversations de planète à planète-planète. Et de planète-planète à planète-planète. Des possibilités de proximités et de rencontres. C’est-à-dire des possibilités multiples et multipliées de collisions et de collusions. Ou l’invention parfaite de l’illusion de cette fin de rupture dans les espaces des cieux.
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Il n’y a pas de distances réelles entre la planète plate et elle-même. Entre cette même planète plate et l’ensemble possible de planètes autour. Il n’y a pas de planète au-delà de la définition qui peut se construire à partir de la planète et par la planète. Grandes joies pour la planète de se savoir planète par le simple fait de le vouloir. Grandes joies d’être planète au-delà de la planète. D’être aussi planète plate ou bien planète-planète. D’être ainsi presque, et peut-être plus, trois fois planète. Ou trois fois quelque chose. Et quelque chose avec ou sans le mot. Avec ou sans le territoire qui définirait.
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Le corps de la planète n’est pas un corps. Le corps de la planète plate est déjà une planète. Le corps de la planète qui n’est pas un corps n’est pas non plus un mot. Ni la possibilité d’un mot. Mais déjà le dépassement d’un mot par ce que ce même mot tend à définir ou à montrer. La planète n’est pas un mot mais la prise de possession d’un qualificatif. Et le dépassement de ce même qualificatif. La planète plate n’existe que par elle-même. La planète plate ne se raconte pas d’histoires. Elle est planète plate et dépassement de cette même identité. La planète plate est planète-planète aussi parce que tout d’abord planète et planète plate. Parce que tout d’abord encore planète qui ne se dira pas par la bouche des mots qui tournent autour. Le mot planète n’est pas un mot pour la planète. La planète n’a pas pour nom planète. La planète est quelque chose.

À suivre…

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